5 – 12 août / « Le funambule » de Jean Genet / Résidence d’écriture, de réflexion et de théâtre

Projet ayant pour base « Le funambule«  de Jean Genet.

 

Pierre Félix Gravière : « Ce texte pour base, c’est à dire comme point d’appui et de départ, pour un geste que nous souhaiterions réaliser à deux : Bachir Tlili et moi même. Il s’agit de partir de ce texte non théâtral, d’en dérouler le fil, d’en faire l’expérience et de sentir les possibilités qu’il nous offre, les résonances qu’il provoque. Sans doute cela nous mènera t-il ailleurs, mais dans le sens d’un déroulé, d’une continuité d’évidences, et du simple fait d’assurer ce fil, autrement dit de le tendre et d’en entreprendre la traversée. Le texte de Genet incite et invite à la tentative, à la prise de risque, à l’acrobatie : nous ne savons pas encore laquelle mais nous la voulons singulière et qu’elle s’affirme en tant que telle.« 

Bachir Tlili : « Cette idée nous est venue suite aux rendez-vous de lecture organisé à La Générale en partenariat avec le magazine Frictions en juin dernier (2018). Pierre Félix Gravière et moi-même avons découvert ce lieu et nous nous sommes dit aussi, nous nous le sommes enfin exprimé de manière claire, qu’il était évident pour nous de travailler ensemble. Nous nous sommes rencontrés en 2015, tous les deux engagés en tant qu’artiste interprète dans un même projet de théâtre. Puis le hasard ( heureux à des moments, précieux…) nous as mené au Mans, à la Fonderie, dirigé par François Tanguy. A cette occasion, nos affinités autour d’une même envie de théâtre se sont consolidées et en même temps nos différences; parce que nous sommes issus de deux générations différentes. ( et que nous sommes juste et simplement différents ). Or une chose nous était commune: les valeurs à transmettre aux spectateurs.
Le mot  » valeur » est largement et malheureusement galvaudé par nos politiciens en ce moment, et il m’est délicat de vous l’écrire mais c’est le mot le plus juste qui me vient pour vous parler de notre rencontre et de notre envie commune de travailler à la Générale.
Ne pas chercher à fabriquer, produire au plateau pour satisfaire un ego, une élite, dont nous faisons parti, ne faisons pas semblant. Je vous écris de Tunisie ou je suis en train de filmer ma grand mère et me rends compte que oui, très exactement, le constat est flagrant: nous faisons partie d’une élite culturelle. Je me demande au moment de vous écrire, mais quel légitimité ai je pour raconter et parler de l‘histoire de ma grand mère ? Le simple fait de se poser la question absoud tout, oblige à réfléchir et à chercher la profondeur, à la faire advenir. Faire parti d’une sphère, ou d’un environnement ne veut pas dire que ça nous appartient. Au contraire.
Nous souhaiterions travailler avec nos vérités, nos passés, nos histoires, nos origines, notre coeur. Ce ne sont que des mots mais quand cela se passe sur un spectacle vivant, cela irradie, c’est évident pour tout le monde. Travailler non pas comme des acteurs mais travailler comme des personnes qui laisseraient déployer leurs coeurs et leurs sensibilités quitte à être maladroit. Nous avons tous les deux des parcours artistiques différents et inégaux : Par exemple, Pierre Felix à plus d’expérience théâtrale que moi. Et en même temps, cette rencontre et ce travail que nous voulons faire ensemble annulent ces données, parce que nous ne parlons pas de vouloir  » faire du theatre ». Nous souhaitons surtout le laisser aller, le laisser tranquille, laisser respirer, entendre, sentir, voir. Respirer comme les arbres. Pour cela, il faut énormément de concentration, et un lieu qui permettent de nous réunir.
C’est déjà énorme un plateau vide, une personne en face d’autres personnes. Notre certitude est la lutte contre le rapport de pouvoir. Ne pas prendre le pouvoir, le donner aux autres, le laisser, ne pas en faire un sujet , le faire circuler par la présence d’une communauté dans une même salle.
Ce qui nous paraît pour l’instant évident c’est de partir du texte  » Le funambule » de Jean Genet. Le reste est à faire et non pas à démontrer. J’ai adoré lire à la Générale. Je le sens bien ce lieu. »