Dimanche 24 mai / Cédric Lagandré / Philosophie

Conférence philosophique avec Cédric Lagandré

dimanche 24 mai à 17h

Une société sans dehors

Nous ne sommes pas quittes des totalitarismes. De ces folles tentatives nous héritons d’une certaine manière de faire de la politique : comme elles nous rêvons d’une société intégrale, sans dehors et sans autre, sans crime et sans conflit, à laquelle il suffirait d’appliquer des techniques gestionnaires – et qu’il s’agirait de soumettre à un processus d’accélération historique (la « modernisation ») qui n’a plus besoin des hommes.

Un prodigieux basculement de la temporalité, autour du XVIIème siècle, préside à cet effort moderne pour accélérer le temps et faire arriver le parfait (utopique) que son lent dépli annonçait et différait. Dieu se donnait comme imminent : la modernité, sous son athéisme apparent, proclame son accomplissement. La tragédie de Macbeth exprime précisément ce point de bascule, où le pouvoir classique (qui consistait à faire durer et à ralentir l’accomplissement messianique) se transforme en force d’accélération et se précipite à l’abîme.

Ce bouleversement temporel a pour conséquence l’annulation du sujet comme être-en-devenir, comme être-à-venir, auquel se trouve substitué un individu intégral, un « moi » plein et tout-fait, d’ores et déjà ajusté au monde, sans que pour cela soit nécessaire ce qui en général caractérise toute culture : les médiations symboliques. Les mythes, les fictions, les récits ne prennent plus, qui disposaient le sujet comme l’avant d’un après. Mais un tel individu, par définition, n’a plus le temps, pas plus qu’il ne vit encore dans le monde ; car au contraire il est le monde.

 

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