27 – 28 août / « Cérémonie – Ceremony », David G. Tretiakoff et Marie-Pascale Dubé / Résidence vidéo

Du 27 au 28 août, David G. Tretiakoff et Marie-Pascale Dubé travaillent sur « Cérémonie / Ceremony » une œuvre qui sera présentée à la biennale de Jakarta, en Indonésie.

Des forces submergeantes organisées en rituel. Comme si certains aspects du monde ne pouvaient être compris par les mots mais seulement par les gestes, le corps et les cris. Une force tenue muette, qui s’échappe des corps, en prend possession, et qui frappe.

David G. Tretiakoff: « Comme la plupart de mes travaux, ce travail constitue un aller retour entre profane et sacré. Un peu comme le paradoxe du mot en Islam « haram » qui détermine le défendu et le sacré. Un même mot pour deux notions antagonistes, dans un même mouvement. Un véritable étau. Mais ce que je mets en place est tout de même une histoire tragique. Celle d’individus qui ont perdu toute compréhension d’eux mêmes et de ce qui les entoure. Une lecture impossible de soi et du monde. »
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LE PROJET
3 écrans synchronisés :

– Premier écran gauche  (plan séquence/jour/ ralenti/ muet) :
Paris, des musiciens gnawa jouent dans la rue. Une inconnue dans le public (la quarantaine, rousse flamboyante) se met à danser et rentre en transe très rapidement. Trois femmes autour d’elle doivent peu à peu la maintenir avec une écharpe, jusqu’à ce qu’elle tombe quasi inerte dans les bras de l’une d’elles. Le groupe de musiciens salut et s’en va.

– Deuxième écran droite (jour / ralenti/muet) :
Un village dans le désert (Egypte, Siwa), des fillettes habillées toutes en couleurs scintillantes traversent le cadre, des groupes de garçon les regardent. C’est une fête dans l’oasis de Siwa (berbères). Un taureau est attaché à un poteau, des hommes l’entourent, puis essayent de la mettre à terre avec des cordes qui entravent ses pattes et ses mouvements. Elle se défend vaillamment. Ils tournent autour d’elle, une danse macabre à laquelle tous participent. Jusqu’à ce que, vaincue, elle tombe lourdement au sol. Un homme armé d’un couteau arrive et l’égorge. Une rivière de sang s’écoule à même la terre pendant que les hommes discutent. L’homme qui l’a sacrifiée pose son pied sur le cadavre.

– Écran central (ambiance nocturne/son in) :
Un lieu neutre, pas d’ombre, une image le moins chargée possible. Du noir, de la lumière artificielle, un corps en performance, visage, bouche, gorge. Des sons puissants et caverneux qui ne semblent pas sortir de ce corps fragile et pourtant.
C’est du katajjaq, une pratique inuit viscérale de chant, un chant qui prend le contrôle d’un corps. C’est doux, peut être guérisseur et exutoire d’émotions. C’est une transe, pour ceux qui la pratiquent, mais aussi pour ceux qui l’écoutent. C’est un chant de vie, ancestrale, incompréhensible. Une pratique « animiste », source de la pensée Inuit… Une musique des origines qui aurait intégrée l’ombre et la lumière.

Le public a un travail a faire :
– Synchroniser les trois évènements.
– Recomposer une histoire à partir d’images hétérogènes et ayant pourtant un sens commun.
– Choisir l’histoire : quel écran conduit la narration?
– Participer à un rituel inconnu, imaginaire, comme le rituel d’une religion oubliée mais qui continuerait de s’exprimer sans l’aide du discours, sans texte. Qui s’écrirait et s’expliquerait par ce qui est tue en chacun de nous et qui constituerait pourtant un inconscient collectif global.
– Peut être y trouver sa place.

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Marie-Pascale Dubé est une artiste de la scène et du cinéma, du son et de l’image. Réalisatrice de documentaires (Rouge Gorge en cours de production), comédienne de fiction (notamment dans No Fun de Martine Doyen) et chanteuse de gorge en création (Souffle inuit).

Le katajjaq, chant de gorge inuit, est au coeur de sa pratique. Des sons formés dans l’enfance par Marie-Pascale, des sons qu’elle ne sait qualifier. Puis à l’adolescence, elle écoute un disque de chants Inuit et elle se dit : « c’est ma voix ». Depuis une quête, autant identitaire que vocale, qui l’emmènera jusqu’à Iglulik, au Nunavut, dans la famille de son mentor Inuk Charlotte Qamaniq. C’est par ce voyage guidé des sons du katajjaq que se révèle son propre métissage autochtone, ainsi que celui de son pays natal (le Canada).
Ci-dessus, performance de souffle inuit (version solo unplugged) à La Générale, le 30 juin 2017