28 janvier – 4 février / Dérive – Street Level Industries / Exposition d’art contemporain

Du 28 janvier au 4 février, La Générale accueille l’artiste néo-zélandais Street Level Industries pour son exposition Dérive, un impressionnant Radeau de la Méduse en carton.

  • Ouvert tous les jours du 28 au 4 février, de midi à 22h
  • Entrée libre

L’exposition de l’artiste Street Level Industries accueillie à La Générale, évoque le Radeau de la Méduse, un tableau de Théodore Géricault peint d’après un fait divers, le naufrage de la frégate Méduse. La frégate s’échoua sur un banc de sable et au moins 147 personnes se maintinrent à la surface de l’eau sur un radeau de fortune.

Street Level Industries nous propose une version de ce tableau en 3 dimensions, entièrement fait en cartons d’emballage glanés dans les rues de Paris. Le carton, fort de son association à notre culture de la consommation est la matière de prédilection de l’artiste.

Street Level Industries est un artiste néo-zélandais basé à Paris depuis de nombreuses années. Très impliqué dans les lieux alternatifs parisiens depuis la fin des années 90, l’artiste se trouve aujourd’hui en résidence à La Générale où il poursuit son travail d’art engagé.

TEASER de l’expo ici !

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>>> Autour de l’exposition, La Générale propose un certain nombre de rendez-vous qui auront lieu en début de soirée. L’artiste sera présent pour échanger avec le public, la buvette sera ouverte tous les jours à 18h30 et proposera de quoi se réchauffer.

  • Vernissage le dimanche 28 janvier dès 15h : Guitare Cap Verdienne de Gilberto Pinto Neves, et en soirée vers 20h30, dérive sonore de ETC (Jacques Foschia, clarinettes, radios / Antony Carcone, guitare / Harold Schellinx, autres sources sonores).
  • Jeudi 1er février : Intervention musicale à 20h du Trio BoppFoussatParrenin (trombone / électronique / vielle à roue).
  • Vendredi 2 février à 20h : Performance de Tom Payne (en langue anglaise) « Everybody Loses : The Death Diary of Karl Patterson Schmidt » -> événement Facebook ici.
  • Samedi 3 février : Dans l’après-midi à 15h enregistrement dans l’exposition sur la notion de « collectif », avec Naji El Khatib et Valentin Schaepelynck, en discussion sous la houlette de Béatrice Rettig (tous 3 philosophes), puis à 18h30, apéro puis intervention de Bahija Benkouka, représentante d’un collectif de sans-papiers.
  • Finissage le dimanche 4 février dès 15h : Avec DIKTAT (vieux media) et l’artiste.
  • Et tout au long de l’expo, des discussions indisciplinaires et rencontres à l’heure de l’apéro-soupe !

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L’artiste, Street Level Industries : « Un air qui sent la rose où qu’on aille, une terre de chocolat où tout est à croquer et une mer de Coca-cola dans laquelle nous sommes libre de nous noyer.

L’économie libérale, le libre marché, ce bateau sur lequel nous sommes embarqués comme autant de joyeuses brebis sortant du camion pour entrer à l’abattoir, ce bateau coule, a coulé.

En bons naufragés nous bricolons un radeau avec tout ce qui flotte. Un radeau à l’image du grand bateau perdu que l’on s’imagine en Arche de Noé, alors que la réalité est plus proche de ces enfants qui vivent dans une décharge publique, se battant entre eux et contre les mouettes pour un fruit à moitié pourri.

Nous nous comportons comme des requins devenus fous par le goût du sang, et dans notre cas, par l’odeur de l’argent. Nous sommes prêts à arracher de nos dents tout ce qui bouge et nous mordons si aveuglément que nous finirons par nous attaquer à notre propre chair.

La dérive morale qui nous permet de laisser des milliers de réfugiés se noyer dans la méditerranée sous prétexte « qu’il n’y a pas assez pour tout le monde » est un exemple de cette forme de cannibalisme.

Il suffirait pourtant que certains prennent un peu moins pour que d’autres aient un peu plus.

Jusque quand allons nous continuer cette exploitation ? Jusqu’à l’épuisement de tout ?

L’histoire du Radeau de la Méduse résonne très fort aujourd’hui, nous pouvons même nous demander ce qui a changé depuis. Les riches et les puissants s’accordent et se protègent pour divis- er la prise et les autres s’entretuent pour quelque sardines tombées du let. Le même égoïsme, la même arrogance, la même irresponsabilité sans scrupule, la même pensée bornée à court terme, la même, la même, la même.

Pour les exemples plus proches de notre époque, on peut penser aux marées noires, à la firme américaine Union Carbide et à la catastrophe de Bhopal (Inde) en 1984 avec des milliers de victimes et seulement quelques boucs émissaires jugés. On peut penser également à de nombreuses catastrophes industrielles du 20ème siècle qui n’ont pas arrêté à l’aube du 21ème. On peut penser aux catastrophes passées, à Monsanto et à d’autres encore avec leurs implications directes dans la

production d’armes chimiques, aux catastrophes annoncées avec leurs activités (OGMs, insecticides, herbicides, brevets sur le vivant, monopole des semis, etc). Mais ces exemples, ne sont-ils le reflet de notre société contemporaine où tout n’est qu’une question de marché et d’économie, réduit à un monde binaire de l’offre et la demande ? Où l’ancien duo du Bien et du Mal devient un simple calcul de ce qui est gagnant ou perdant ?

On peut penser à ceux déjà cités plus haut mais à beaucoup d’autres encore, dans d’autres secteurs. À Goldman Sachs par exemple pour son opacité, ses manipulations boursières et sa responsabilité avérée dans la situation de la Grèce. Dans le sillage de la crise financière de 2008, les gouvernements occidentaux jettent par milliards des bouées de sauvetage aux banques pourtant directement responsables du naufrage. Cette même année, ces banques émettent des dividendes et des bonus records. Le champagne coule à flot chez les actionnaires et dirigeants tandis que ceux qui n’ont pas été invités à la fête, peinent à garder la tête hors de l’eau. Les vagues successives de poli- tique d’austérité et la dérégulation économique qui font sauter les filets de sécurité sociale et permettent le licenciement massif et la précarisation généralisée, s’abattent sans cesse sur les plus démunis. La dette publique est constamment citée comme justification pour ces mesures. Cette même dette qui avait pris une telle ampleur pour le sauvetage des banques et qui, grâce aux rachats de leurs crédits toxiques, se creuse de jour en jour. N’est-ce pas un cas très clair de faire payer les pauvres pour que les riches restent à leur place ? On a entendu “nous n’avons pas le choix”, “too big to fail”, dans la bouche des “responsables” politiques, souvent d’anciens collaborateurs de ces grandes entreprises qui préparent leurs places pour plus tard. Entretemps, dans la rue, des fa- milles entières dorment blotties les unes contre les autres pour éloigner le froid, les queues pour les repas gratuits sont chaque soir plus longues et les enfants courent d’une voiture à l’autre pour quelques centimes ou quelque chose à manger.

On voit une pluie de parachutes plus dorés les uns que les autres pour remercier les “grands” patrons démissionnaires ayant dilapidé, licencié, délocalisé et qui partent en disant “j’ai fait tout ce que j’ai pu”. Une phrase qui ne manque pas d’ambiguïté. Les rats quittent le navire. »