Contexte & Enjeux

« I have decided
I’m throwing my arms around,
around Paris, because only stone and steel accept my love »

Morrissey

 

La végétalisation urbaine a suscité les rêves les plus fous, motivé les actions les plus spectaculaires. L’indissociable alchimie entre le bâti et le vivant que l’homme au fil des siècles n’a cessé d’imaginer, depuis les jardins de Babylone jusqu’aux palais persans et leurs jardins aux mille parfums, a donné à chaque époque une interprétation de ce que peut être la nature en ville en domestiquant les espaces verts et en canalisant les flux. Alphand à la demande du Baron Haussmann a donné une vision « moderne » de Paris à son époque. Nous préservons aujourd’hui ses parcs. Personne n’imagine construire sur le Bois de Vincennes. Quel peut être la nouvelle végétalisation de Paris, pour le siècle qui s’ouvre devant nous ?

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Londres et New York ont elles aussi commencé à réinterroger leur rapport à l’environnement végétal, parfois à grand renfort de communication. La prise de conscience des enjeux mondiaux climatiques et environnementaux interrogent la ville, lieu de l’écosystème humain, op- posée à la campagne, voire à la nature. Plus la ville se densifie, plus le foncier est cher, plus on cède facilement, par appât du gain mais davantage pour tenir un équilibre économique, à programmer des fonctions rémunératrices et capitalistiques sur les terrains. Réaliser des espaces non bâtis est donc bien l’objet d’une volonté et d’un engagement, de l’opposition d’une économie à court terme et d’une à long terme.

Il en résulte à Paris une rareté du végétal (qui en fait aussi son charme) et de lieux d’un certain état de nature. Ces lieux sont le terreau et l’habitat d’espèces, ils sont la source de la biodiversité. Donner un lieu, un biotope, aux autres espèces est nécessaire à leur développement. Ceci mène à considérer la ville d’une autre manière qu’un espace mono fonctionnel pour les humains, qu’un espace à dominante minérale.

Cette cohabitation peut être bénéfique en termes divers. L’augmentation des chaleurs estivales met en difficulté l’architecture haussmannien- ne et minérale non conçue à cet effet. Les éléments végétaux apportent fraîcheur et climatisation aux villes, pourquoi pas aux immeubles ?

La trame verte et bleue de Paris est constituée de la Seine et des canaux, parcs, jardins et squares, des nombreuses voies et places plantées. Apparaissent aujourd’hui de nouvelles formes de végétalisation plus ponctuelles, en projet ou réalisées, comme les jardins en terrasse, les toits plantés ou des installations sur l’espace public qui viennent compléter la trame parisienne.

Un des enjeux de cet appel à projet est de permettre un développement et une évaluation grandeur nature de ces nouveaux espaces et des nouveaux usages induits, dans leurs dimensions sociales, économiques et environnementales. Il y a aujourd’hui une adaptation nécessaire de Paris face à ces enjeux.

Une fois le constat du nécessaire renouvellement environnemental et végétal de la ville établi, se pose rapidement la question de que faire pousser ?

Aujourd’hui les paradigmes ont changé, plus de 50% des hommes vivent en milieu urbain. En 2020, 80 % des Européens vivront dans des villes. Ceci interroge fortement nos modes d’approvisionnement alimentaire, l’accès aux ressources comestibles, la qualité de la nourriture, mais aussi l’empreinte écologique de notre alimentation. La France importe 1,7 millions de tonnes de légumes et en exporte plus de 900 000t. Ces mouvements ont des conséquences lourdes sur la consommation d’énergie fossile, la pollution, l’usage massif de produits phytosanitaires, la standardisation de la production et l’appauvrissement des sols. L’Ile-de-France consomme à elle seule 1 million de tonnes de fruits et légumes par an, mais n’en produit que 15 %. Aujourd’hui, à travers l’agriculture urbaine ou d’autres initiatives comme les cueillettes, les habitants interrogent leur rapport à la chaîne alimentaire, aux circuits de distribution. Il paraît difficile de remplacer la culture agricole extensive de nos campagnes, néanmoins l’idée fait des émules et nombreux sont ceux qui prônent une nécessité de réinstaurer des espaces cultivés au sein de nos villes. Évidemment, les surfaces en jeu ne peuvent prétendre à remplacer l’agriculture intensive ou les cultures céréalières. L’agriculture urbaine s’inscrit dans une production qualitative, parfois à forte valeur ajoutée, pour une consommation directement par l’habitant. Elle interroge le rendement au mètre carré par type de fruit ou légume. Mais elle pose surtout les jalons d’une autre manière de voir la métropole, d’un autre rapport à la nature et de nouveaux usages pour les habitants dont beaucoup sont aujourd’hui sensibilisés à l’écologie.

L’émergence de cette prise de conscience collective est motrice pour notre projet. Conscient qu’un processus du faire autrement est en gestation et face à des situations de crises, il est rassurant de voir comment l’intelligence collective participe à un élan de solidarité à l’échelle locale et globale. L’écologie est devenue le souci de tous, chacun peut devenir un acteur de son évolution par ses actions. Depuis l’achat de produits labellisés à des actions plus engagées. Une motivation de plus en plus répandue dans nos villes est de trouver des moyens pour réduire les distances entre production et consommation. Les circuits courts de distribution œuvrent déjà dans ce sens, permettant de créer le lien entre producteurs locaux et consommateurs soucieux de favoriser des cultures et une production locale en agissant et réduisant les impacts en termes de pollution et d’effet de serre.

Est-ce que, dans le futur, les toits parisiens ont vocation à devenir des lieux de production, d’agriculture urbaine ? Comment seront-ils entretenus et qui en aura la gestion ? Installer un toit sur un jardin demande un entretien, une application, un engagement des habitants. Un potager. Pour quelles productions et quels rapports de voisinages ? Réussir l’intégration durable dans le jardin en ville dense, c’est tenir compte de l’ensemble de la chaîne de production et de consommation, jusqu’aux déchets et au recyclage. C’est surtout mobiliser les énergies humaines, les acteurs et les habitants.