2 – 7 avril / Marie Payen, Perdre le Nord / Résidence de création

Du 2 au 7 avril, Marie Payen est en résidence à La Générale pour écrire un spectacle dont la proposition pourrait être : Faire naître une langue entre les langues.

Si la vie est, par définition, mouvement, quel poème pourrait s’écrire dans ce mouvement même de la parole-langue perdue entre les continents, les cultures, le soleil et la pluie, le sud et le nord, l’horreur de la mort et la puissance de vie?

Marie Payen, pour son projet Perdre le Nord, collectera auprès d’Abdou, de Haben, de Mouheydin et d’autres, des récits dans leur langue maternelle et leur demandera de lui apprendre – à eux à qui on tente de toutes nos forces d’apprendre le Français – des mots et des sons inconnus, pour renverser la vapeur, perdre son Nord pour se tremper dans leur Sud, et se lancer dans l’écriture de ce récit polyvoque du présent (qui n’existe pas) du Monde (qui n’existe pas). Tout embrouiller, tout confondre. Et tout chanter.

Marie Payen : « Ma question, celle qui m’a choisie, est toujours, plus ou moins : Comment raconter une histoire impossible ?
Ici, comment raconter une histoire quand cette histoire est noyée de l’eau rouge sang des mers d’orient et les larmes des parents perdus, brûlée de la lave des volcans de guerre, explosée de l’air comprimé des armes ennemies, rendue muette par les nuits de fuite silencieuses dans les forêts de boababs, aveuglée dans le noir des camions, déboussolée dans les capitales européennes où dormir est interdit et où errer à l’infini entre les points cardinaux est la règle…
Comment construire son récit quand ce récit est apatride, nomade jusque dans sa langue même. Quand celui qui m’écoute ne comprend pas ma langue. Quand j’essaie de parler la sienne.
Depuis 2015, je me déplace en France (la France se déplace), et il m’a été offert de passer beaucoup de temps dans la rue, auprès des migrants, des exilés, des demandeurs d’asile. Je me suis remplie de leurs images, de leurs sonorités, de leurs « chant-couleurs-postures » comme dirait Deleuze. »

Joué par Marie Payen
Collaboration artistique Leila Adham, Jean-Damien Ratel et Hervé Audibert

Il n’y aura pas de représentation publique à l’issue de la résidence.